25 décembre 2020

Marie Leblanc

La pluie a balayé la neige qui s’était accumulée au sol durant les dernières semaines, le thermomètre affiche 16 °C, en face, des oiseaux font le guet sur un fil électrique. Dans l’échelle de l’absurdité humaine, l’isolement, grand vainqueur cette année, a atteint son paroxysme.

Peu importe la météo, je marche tous les jours. Aujourd’hui, je le ferai pour chasser la nostalgie et pour me faire croire que le monde est beau. On ne dirait pas, mais c’est Noël.

Sous cette grisaille hivernale, j’erre dans les rues, mon parapluie à la main. Puis, je décide d’emprunter un chemin où je vais rarement. Juste au tournant, mon regard tombe sur une scène, et là… le temps s’arrête. Est-ce utile de préciser que je me sens seule loin de mes enfants, mes petites-filles, et que malgré toute ma volonté, le cœur n’y est pas? Mais la vie est surprenante. Devant moi, comme une apparition en ce jour de fête si étrange, deux Africaines accompagnées de leurs enfants montent tranquillement la grande côte. Jambes nues, sandales et mousseline, voilà pour l’allure. C’est l’été quoi! Un film exotique, une planète lointaine. L’une d’elles, son bébé attaché au dos, danse en chantant de sa voix mélodieuse un air venu du fond des âges. Une douceur infinie me prend l’âme. Je souris, elle sourit à son tour, le charme opère. Répondant au besoin ancestral qui est de se lier aux autres[1], je m’approche du petit groupe. « Joyeux Noël! », dis-je, aussitôt plus légère, parce que, oui, la chaleur humaine nous déleste d’un poids souvent trop lourd à porter, celui de la solitude. On jase un peu. Congolaises, elles ont immigré il y a vingt ans. Elles connaissent nos hivers blancs, le froid, la baisse de lumière. – Et vous trouvez ça comment ici? – Ah! on aime la neige, Madame! Pour moi, c’est difficile à concevoir qu’après leur enfance au Congo, elles puissent apprécier un pays nordique. Mais dans leur visage, leurs propos, leurs gestes, il y a toutes les étincelles du monde et autant de résilience. Quelles femmes!

Moi aussi, j’aime la neige et je la souhaite vivement pour bientôt. En attendant, j’ai droit à la présence des oiseaux et à ce Noël éphémère, mais généreusement humain, familial, africain.

Marie LeBlanc
Mieux la connaître

 

[1] Une force me pousse à l’écrire, pour que ce besoin ne soit jamais ignoré.


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