Des mentalités coriaces – Partie 1

Marie Leblanc

Faut-il en rire ou en pleurer?
Entendu cette perle à l’écran : « se faire faire un enfant ». Comme on parle d’un vêtement. Oui, je pourrais me faire faire un manteau par une couturière qui maîtrise parfaitement son métier et qui, du coup, n’exigerait aucune intervention de ma part. Du beau travail accompli en solo. Concevoir un enfant, en revanche, est l’œuvre de deux gamètes, femelle et mâle. On n’en sort pas, l’union de ce duo est fondamentale en fécondation-reproduction humaine. « Se faire faire un enfant » – expression détestable s’il en est – renvoie au sempiternel concept féminin passif-masculin actif. Ici, on a effacé le rôle créateur que joue la femme dans tout le processus pour donner la vie : conception, grossesse, enfantement, puis attribué à l’homme le pouvoir exclusif, la fiction (il fait) tenant lieu désormais de réalité biologique (elle + il font). Même sachant que procréer n’a jamais été l’affaire du seul sexe mâle, notre culture, encore aujourd’hui, véhicule cette fabulation.

La cour des grands et celle des petites
Pourquoi ai-je employé le mot « couturière »? Qui dit « couturier » dit haute couture, donc hors de ma portée. La couturière travaille à domicile pour arrondir ses fins de mois, ou comme ouvrière dans un atelier, ou peut-être, si elle a su placer ses pions, est devenue l’adjointe d’un « grand couturier ». Car un couturier est toujours grand, tandis qu’une couturière reste souvent petite. Nulle part vous n’entendrez le terme « grandes couturières ». Bien sûr, on trouve des femmes dans les sphères célestes de la mode, cependant les hommes sont beaucoup plus nombreux à y régner pour habiller… le corps des femmes, ils sont célèbres, prestigieux, exceptionnels, et donc « supérieurs » du point de vue socioéconomique.

La langue n’est jamais neutre, toujours elle exprime une culture donnée. Le sexisme qui les caractérise me pompe l’air immanquablement.

Marie Le Blanc
Mieux la connaître

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[1] Dans une télésérie récente, écrite par une femme. Et ces mots expriment la position d’une femme par rapport à la procréation. Ce qui montre à quel point nous devrions, nous les femmes, nous manifester encore plus et mettre les points sur les i.
[2] Un coup d’œil dans les dictionnaires au mot « engendrer » vous fera sourire, ou pas.


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