De l’amitié féminine

Marie Leblanc

C’est un samedi d’octobre. Je me sens seule, j’ai le vague à l’âme. Puis arrive ce courriel inespéré de Loulou : Ça te tenterait si j’allais chez vous en fin de semaine? Si ça m’tenterait, tu dis?

Selon Montaigne1, l’amitié est un sentiment forcément partagé. En effet, je peux être amoureuse d’un homme qui n’est pas amoureux de moi, mais je ne peux pas être l’amie de quelqu’un qui n’est pas mon ami, amie.

Je suis en amitié avec Loulou et c’est mutuel. Ce samedi de cafard, donc, elle arrive tout sourire, son sac plein de jolies trouvailles et un bouquet de sarriette des montagnes. Nous sommes dans le réel, loin, très très loin du cyberquelque chose.

Mes propos sur l’amitié ne s’appuient sur aucune étude scientifique, ni analyse socio, psycho ou autres, et vous savez quoi? je déteste les statistiques! Je dis en toute expérience : quand je suis avec une femme amie, les tabous se réduisent au minimum, je m’exprime plus librement qu’avec un homme. Entre femmes, on peut mieux parler des femmes, des savoirs, des visions et des problèmes de femmes, de nos montagnes rocheuses, nos chics chocs, nos volcans et nos îles, de nos détresses et nos joies. Entre femmes, on s’accroche aux beautés terrestres : l’épinette de Norvège, ses aiguilles et ses cônes, la fleur solitaire qui défie l’automne, nos oiseaux messagers d’espérance. On jase des cœurs en manque d’amour ou qui se réparent, des folies passées et celles qui viendront inévitablement, on parle de soie, de lainage et de lin, on parle de soi. Entre femmes, on se laisse aller sous un ciel sans ambiguïté, on marche ensemble, on pleure, on rit en imaginant ce que serait le monde sans nous, ou sans vous, les hommes.

Les temps ont changé – et ils changeront encore. Il fut une époque où je côtoyais des mâles2, quelques amis de bonne compagnie. J’aimais nos rencontres. La vie nous a dispersés. À présent, je me demande : où sont les hommes? Je ne me pose jamais cette question à propos des femmes. Toujours, elles ont été là, peu nombreuses, mais précieuses, et ça continue.

Ma belle visite est partie. Ici, il flotte encore ce parfum de sapinages et d’amitié féminine.

Marie Le Blanc
Mieux la connaître

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[1] Philosophe, écrivain, humaniste de la Renaissance. Mon « ami » d’un autre temps, toujours inspirant.
[2] Pour en finir avec la rectitude langagière! Le « mâle » en langage familier désigne souvent l’homme, considéré du seul point de vue de la puissance sexuelle. Pourtant, ce mot veut dire « masculin », il parle du réel, de celui qui vit et évolue sur notre planète. Mot par ailleurs bien installé dans le langage du droit et de la biologie. Mon idée : pourquoi ne pas le libérer de son carcan péjoratif? Un mâle persévérant, responsable, un beau mâle, un mâle instruit, travaillant, affable, un mâle qui danse, qui chante, qui aime… Je dis un mâle : ça gêne, ça fait sourire, ça surprend ou ça fait ah! bon!?

 

 


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